Entretien avec Jacques Olivier Bosco

Rencontre avec Jacques-Olivier Bosco, auteur notamment de « Brutale » et  «  Coupable », récemment. Il se confie à sa façon, avec un rythme foisonnant et beaucoup, mais alors beaucoup d’humour. Il est intarissable. Sa photo est à limage de ses posts sur les réseaux sociaux 😉.

JacquesOlivierBosco

Qui êtes-vous en quelques mots ?
Alors qui suis-je ? J’ai 35 ans depuis maintenant quinze ans, comme dirait une personne chère, deux filles, 26 et 14 ans, une femme adorable d’origine italienne. Je vis à Nice, une des plus belles villes du monde et je travaille jour et nuit pour Air France à l’aéroport Nice Côte d’Azur. Mis à part ça, j’écris des romans policiers, des nouvelles. J’en lis quelques tonnes, j’écoute du rock dans toute sa gamme, du Trip Hop, du Trip Electro (genre des remixes de Depeche Mode ou la musique de Matrix), du rap époque Assassin et NTM, et de la Soul, du funky aussi, un peu de Disco. Ah oui, j’ai eu une période new wave tendance cold wave (Dead Can Dance, Cocteau). Je vais à des concerts, boire des coups avec des potes, voir des matchs. Je regarde des tas de séries, et je traîne aussi beaucoup sur internet 🙂. Mon rêve serait de jouer de la guitare électrique (j’y viendrai un jour, j’ai de bons amis musiciens 🙂).

 

Quelle place occupe la lecture dans votre quotidien ?
La lecture pour moi est indispensable pour deux raisons : premièrement le plaisir, la passion, l’évasion et le frisson ; ensuite, pour des raisons pédagogiques, écrire c’est ma passion, je suis conscient de mon niveau en tant que romancier du noir et du thriller et donc, à travers maintes et maintes lectures, je tente chaque fois d’apprendre, de progresser et de me maintenir à niveau. Ce qui fait le paradoxe de mes lectures, j’ai une passion pour les romans historiques période « avant les armes à feu », cela va des vikings à la Guerre de Cent ans, « la Reine Margot », jusqu’aux « Mousquetaires du roi ». Cela peut aussi être autant « La fille du Capitaine » de Pouchkine, que les romans historiques de Walter Scott. Mais j’aime aussi la science-fiction russe (Stalkers, Metro 2035), la Fantasy bien sûr (« L’assassin du roi », « GOT », j’ai tout lu), et le roman noir des années 50/60, surtout français, et italien des années 70 à nos jours (Lucarreli, Biondillo, Criaco, Roversi, Carlotto, Evangelisti qui fait de la SF aussi, et l’immense De Cataldo ; Romanzo Criminale). Et je lis beaucoup de thrillers par curiosité, et donc, pour mon travail, histoire de voir ce qui fonctionne et pourquoi, surtout du côté des Français J(« Ragdoll », « Sauvez-moi », « Sirènes », « Blue Light Yokohama », « Apocryphe », « Fantazmé », « La rivière de l’oubli », « Vices », « Les chiens de Détroit »). Dernièrement, j’ai été très impressionné par « Boréal » de Sonja Delzongle, par son travail sur l’épaisseur et la longueur, la complexité à la fois des intrigues et des personnages, les histoires dans les histoires, alors que la plupart des autre thrillers français sont écrits avec beaucoup de facilité (je dirais, de rapidité), certains font la moitié en nombre de pages de ceux de Sonja ou des Italiens par exemple, mais je ne suis pas un spécialiste 🙂.

 

Avez-vous des habitudes de lecture : un endroit préféré ? Un rituel ?
Habitude de lecture, tous les soirs dans mon lit avant de m’endormir, au moins trente minutes. Parfois, lorsque je ne travaille pas, je lis l’après-midi, deux à trois heures d’affilée. Bon ensuite, je pense lire vite (je relis mes propres manuscrits en deux à trois journées). Par contre, je ne lis jamais ou rarement, en diagonale. Je lis parfois certaines chroniques de mes livres, notamment de la part de chroniqueurs qui ne semblent pas être rentiers ou à la retraite et qui pourtant sortent pratiquement une chronique par jour. Je sens quand le livre a été survolé. Bon je ne peux pas trop en vouloir non plus à ceux qui reçoivent dix livres par jour de la part des éditeurs. De toute façon, pour ce genre de chroniqueurs (pas vous les filles), toutes les nouveautés sont géniales Jet je suis presque heureux que les miens ne les intéressent pas (je suis de très mauvaise foi quand je veux). Non bien sûr, je pleure et je suis déçu, alors j’invente ce genre de raisons. Pour le rituel, euh, les lunettes sur le nez (je suis vieux), un café ou un déca Nespresso, et un (ou plusieurs) bout(s) de chocolat noir. L’endroit ? N’importe où ! Plus le livre est prenant, plus le bateau peut tanguer, l’avion s’écraser ou le monde grelotter, je reste à l’intérieur !

 

Votre récent coup de cœur littéraire et pour quelles raisons ?
Récent coup de cœur littéraire « La mort selon Turner » terminé hier soir. Dans ce polar, il y a tout ce que j’aime, le héros maudit et indestructible, les méchants impitoyables, la simplicité de l’intrigue et donc l’importance accordée à la mise en scène et à l’atmosphère. C’est mon univers, il suffit de lire « Et la mort se lèvera », ou bien « Aimer et laisser mourir », on y est presque (à la française). Juste avant, j’avais lu des nouvelles de Lovecraft, un autre style, mais un sacré voyage aussi.  Ah oui, encore avant, j’ai lu « Sac D’os », c’était franchement pas mal. J’ai juste eu l’impression que Stephen King inventait un peu l’histoire au fur et à mesure, c’est peut-être ce qui faisait tout le mystère jusqu’à la fin (et bien sûr la quatrième de couverture parlait du fantôme de femme violée et assassinée par des gens du coin, ce qui gâchait aussi la fin). Sinon, cette année, j’ai super adoré « Leur enfants après eux » de Nicolas Mathieu. Je l’avais lu bien avant qu’il ne reçoive le prix Goncourt, car j’avais pris une énorme baffe en lisant son précédent roman il y a trois ans « Aux animaux la guerre ». A l’époque c’était pour moi le meilleur auteur de polars français. Personne ne l’a surpassé depuis, et en plus, maintenant, c’est devenu un cador en littérature « blanche ». Dans ses livres, l’atmosphère, le ressenti, passent par un style d’écriture, des mots, des phrases qui vous pénètrent et vous font réfléchir. C’est comme regarder son monde avec ses codes, en portant ses chaussettes, en y étant, en le vivant, en le ressentant. C’est assez puissant et intelligent, parce que ça constate autant que cela raconte. Cela peut faire froid dans le dos comme chaud dans les bras, on passe constamment du physique à l’esprit, de la réflexion au vécu. En plus, le thème de l’adolescence, de l’amour, l’amitié, l’ennui, le « pas envie », c’est intrinsèque à chacun de nous.

 

L’écriture c’est quoi pour vous ? Que vous apporte-t-elle ?
L’écriture a longtemps été un moyen de m’évader, de partir dans mes propres histoires, de me faire mes propres films. J’avais aussi envie de dire des choses que j’avais sur le cœur, sur la conscience… des sentiments, de la frustration, des envies, de la rage. J’ai toujours rêvé de faire du cinéma, et donc j’écrivais des scénarii. De fil en aiguille, ce sont devenus des romans, et comme tout ce que je racontais commençait ou finissait mal, il s’agissait de romans noirs. A présent, l’écriture fait partie de ma vie. Je suis toujours dans des histoires, des scènes, j’ai envie de raconter des tas d’histoires et pour des tas de gens : des femmes, des hommes, des jeunes, des ados, et même des enfants. J’aime la notion de roman de gare, du lecteur populaire qui a envie de se vider la tête mais aussi de ressentir des choses qui lui manquent, ou qu’il connaît bien, de se faire balader, secouer, et pourquoi pas, choquer, dans le bon sens du terme (à ce sujet, lisez la première partie du dernier tiers de « La mort selon Turner » de Tim Willocks, ça choque et ça glace, mais c’est bon !).

 

De nouveaux projets en cours ?

Pour les projets, je viens de sortir deux romans coup sur coup, « Brutale » et « Coupable », à douze mois d’intervalle. Le second a moins bien marché, ce qui est dommage car il monte en puissance sur la profondeur du personnage mais aussi sur les personnages qui l’accompagnent. Mais je comprends que les lecteurs ne peuvent acheter plusieurs fois le même type de grand format, et j’ai donc de l’espoir pour sa sortie en poche en avril (je rappelle le titre : « Coupable », chez Pocket en avril 2019 à 7,50 euros. Il n’est pas nécessaire d’avoir lu « Brutale » pour kiffer, cette réclame vous a été offerte par JOB de Nice😉).

Sinon, niveau écriture, je travaille sur plusieurs histoires à la fois, un roman noir urbain, genre True Détective (avec toute l’humilité que cela suppose) et un thriller avec une jeune mère de famille qui rebondit et part dans tous les sens (il y a même du sexe), glaçant et trépidant.

Je pense qu’il faudra deux ou trois ans, avec de la chance, pour que l’une d’elle soit publiée. Ce n’est pas plus mal, on peut toujours améliorer, retravailler, couper des pans entiers et les jeter, refaire. Le temps, si vous croyez à votre projet, est un bon allié finalement, et j’espère (j’en suis persuadé) qu’à ce moment-là, le monde prendra une énorme baffe doublée d’un gros frisson qui se finira par un « Ouaaaaahhhh… »🙂
( bon, ça ne coûte de rien d’y croire 🙂).

 

Un mot pour les lecteurs de jadorelalecture.com pour finir ?
Merci à tous les lecteurs de jadorelalecture et à sa merveilleuse administratrice : quelle passion ! A tous les passionnés, à tous ceux qui ont vécu quelque chose, ne serait-ce qu’une fois dans leur vie, en lisant un roman, ce sont mes sœurs et mes frères, on se reconnaît, on sait ce que la lecture, la fiction, l’aventure, le frisson nous a apporté, et nous apportera encore.
Bises à tutti !

 

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