Tout sur mon frère Karine Tuil

Karine TuilLe résumé
Deux frères la trentaine passée, issus d'une même famille de la petite bourgeoisie, père traducteur de l'espagnol, mère enseignante, Arno et Vincent, pareillement élevés dans la religion du Livre, le respect des mots, sans vanité ni ambition : pourtant tout les oppose. Vincent, désormais « trader » indifférent jusqu'au cynisme, amateur de chaussures féminines jusqu'au fétichisme, adore les signes extérieurs de la réussite, les objets onéreux, les amours tarifés. Il se présente ainsi : « j'étais un polygame contrarié, bientôt père ». Arno, le frère aîné, l'autorité de tutelle malgré sa pauvreté, est devenu écrivain, réservant aux lecteurs de ses deux livres (Le Tribunal conjugal et Le Tribunal familial) la primeur de tous les vices de Vincent, ses frasques, ses liaisons, son caractère odieux. Arno est l'espion, le délateur, le juge : les frères ennemis ne se parlent plus que par avocat interposé mais continuent de se détester. « Je ne savais pas rompre avec mon frère » dit Vincent. Jusqu'au jour où la maladie neuronale de leur père, sa réification progressive, ne les incite à renouer l'impossible dialogue au chevet d'un homme jadis voué à la langue qui ne parvient plus à assembler les mots. C'est alors comme s'ils perdaient dans le labyrinthe névrotique de leurs émotions d'enfants, que le financier en apparence insensible découvre bien des choses : la vraie nature de son frère ; le visage inconnu de son père ; de quoi sont capables les femmes quand elles souffrent ; ses propres sentiments pour une brune espagnole surgie du passé. A moins que tout ne soit que littérature ! Alternant le ton d'un comique sans illusions qui montre les humains menés par leurs vices, le sexe et l'argent, avec l'écriture d'une tragédie familiale aux secrets émouvants, détournant pour mieux s'en moquer les codes de l'autofiction, Karine Tuil a composé un fort habile livre-gigogne, tout en dévoilements et en fausses surprises : une sorte de suspense familial, où nul n'est gardien de son frère, et qui puise sa force au plus profond de la haine et de l'amour.

Mon avis
Etonnant ou non de constater combien deux personnes qui ont reçu la même éducation peuvent à ce point être différents. Une histoire prenante mais qui instille aussi un peu de malaise. Qui envie qui ? S'aiment-ils ? Ils semblent plutôt se haïr et vouloir sans cesse se blesser, s'agresser mutuellement. Qui a finalement la vie souhaitée ? Qui est heureux ? Aucun des deux ne semble l'être de prime abord… Je dirais que cette lecture pose question sur les liens familiaux et c'est probablement son objectif. On côtoie ici l'introspection. Je dirais même que cette lecture est dérangeante. J'ai aimé mais pas adoré.

L’invention de nos vies Karine Tuil

Karine TuilLe résumé
Sam Tahar, brillant avocat au barreau de New York, semble tout avoir : la célébrité, la fortune, un beau mariage… Mais sa réussite repose sur une imposture. Pour se fabriquer une autre identité en Amérique, il a emprunté les origines juives de son ami Samuel, écrivain raté qui s’enlise dans une banlieue française sous tension. Vingt ans plus tôt, la belle Nina était restée – par pitié –, aux côtés du plus faible. À mi-vie, ces trois comètes se rencontrent à nouveau, et c’est la déflagration… L’histoire d’un triangle amoureux qui percute avec violence la grande Histoire de notre début de siècle.

Mon avis
Un grand roman. J'ai lu ces presque 500 pages vraiment très vite. Qui est qui ? Qui trompe qui sur son identité ? Qui veut être avec qui ? Le triangle amoureux perdure par-delà les années qui passent. Qui a manipulé qui ? Question identitaire. Imposture. Qu'est-on prêt à faire pour réussir ? Samir, Samuel, Nina emportent tout sur leur passage. Samir a bâti sa vie entière sur un mensonge. Après tout, peut-il être ou est-il ce terroriste ? J'avoue, on peut douter. Et si toute cette histoire était un jeu de dupes… Leur histoire est rattrapée par l'Histoire et la religion. Passionnant tout simplement.

La cour des grandes Adèle Bréau

Le résumé
De leurs cahiers de teste de collégiennes à leurs plannings surbookés, Mathilde, Alice, Lucie et Eva sont entrées sans s'en rendre compte dans la cour des grandes. Héroïnes made in France, elles ne rêvent plus de prince charmant, de robe meringuée et d'alliances. Elles n'en ont plus le temps. Crèche, école, courses, vie sexuelle, carrière, enfants malades, premières rides et corps qui fout le camp, elles tentent de maîtriser le tourbillon qui les emporte depuis qu'elles ont dit oui.
Dans un Paris de comédie romantique, ces équilibristes à l'aube de la quarantaine rient, galèrent, aiment et espèrent, car au fond leur vie ne fait que commencer.

 

Mon avis
J'ai retrouvé avec plaisir la bande des quatre amies d'Adèle Bréau : Mathilde, Lucie, Eva et Alice. Chacune a son caractère mais ce que j'apprécie dans cette histoire, c'est la manière de montrer que malgré leurs vies si différentes, elle sont amies et le restent. J'avais déjà lu cet été "Jeux de garçons" (normalement le second volet de sa saga). Là c'était plus du côté des filles, devenues femmes, mamans…

Leurs tribulations font sourire, leurs préoccupations aussi, leur manière d'asticoter leurs conjoints ou pas. Bref, un livre bien ancré dans la réalité des quasars d'aujourd'hui, alors forcément je crois que nous pouvons toutes nous y retrouver, transposer…

Bref une lecture divertissante et pas prise de tête pour le premier jour des mes vacances de fin d'année. Bonne humeur et sourire garantis avec ce livre.

Un goût de cannelle et d’espoir Sarah McCoy

Sarah McCoyLe résumé
Allemagne, 1944. Malgré les restrictions, les pâtisseries fument à la boulangerie Schmidt. Entre ses parents patriotes, sa sœur volontaire au Lebensborn et son prétendant haut placé dans l'armée nazie, la jeune Elsie, 16 ans, vit de cannelle et d'insouciance. Jusqu'à cette nuit de Noël, où vient toquer à sa porte un petit garçon juif, échappé des camps …
Soixante ans plus tard, au Texas, la journaliste Reba Adams passe devant la vitrine d'une pâtisserie allemande, celle d'Elsie … Et le reportage qu'elle prépare n'est rien en comparaison de la leçon de vie qu'elle s'apprête à recevoir.

 

 

Mon avis
Une belle aventure humaine que cette lecture. Au gré des chapitres, on vit tantôt à l'heure de la seconde guerre mondiale en Allemagne, tantôt à l'heure actuelle aux Etats-Unis. Et bientôt la page historique rejoint le présent au travers d'Elsie que l'on découvre soit en jeune fille allemande, obéissante aux règles familiales mais dans laquelle on décèle aussi un soupçon de rébellion, de courage, de questionnement par rapport à la situation politique de son pays, de sa vie durant la seconde guerre mondiale. On comprend bien qu'elle ne peut pas juste se conformer aux règles, sans comprendre… Et puis on découvre Elsie dans sa vie de vieille dame aux Etats-Unis. Comment est-elle passée d'une vie à l'autre ? ll faudra lire ce joli roman pour le savoir. Les personnages de Sarah McCoy ont leurs failles mais sont bien construits. Le paysage et les lieux ne sont pas tant décrits que cela mais en fait toute la force de ce roman réside dans l'attachement qu'il crée aux personnages au fil des pages. on veut savoir ce que les uns et les autres deviennent, vont devenir ou son devenus. Bref une chouette lecture !

Le Confident Hélène Grémillon

Hélène GrémillonLe résumé
Camille vient de perdre sa mère.
Parmi les lettres de condoléances, elle découvre un étrange courrier, non signé. Elle croit d’abord à une erreur mais les lettres continuent d’arriver, tissant le roman de deux amours impossibles, de quatre destins brisés. Peu à peu, Camille comprend qu’elle n’est pas étrangère au terrible secret que cette correspondance renferme. 

Dans ce premier roman sur fond de Seconde Guerre mondiale, Hélène Grémillon mêle de main de maître récit historique et suspens psychologique. 


Le confident a obtenu cinq prix littéraires et été traduit en dix-huit langues.

Mon avis

Il était dans ma PAL de livres recommandés ou prêtés… Je l'ai lu et quelle lecture ! 
Les secrets de famille, l'envie par-dessus tout d'être mère, tout est dans ce livre.
Une belle écriture, de la sensibilité et une manière originale de lever le voile progressivement sur la vérité. On devine au fil des pages où l'on arrivera en fin de compte mais l'auteur réussit avec beaucoup de finesse à tisser son histoire et à nous faire tourner les pages toujours plus vite.

 

L’insouciance de Karine Tuil

Karine TuilLe résumé

Voici venir les rêveurs d’Imbolo Mbue

Imbolo MbueLe résumé

Drôle et poignante, l'histoire d'une famille camerounaise émigrée à New York. Porté par une écriture à la fraîcheur et à l'énergie exceptionnelles, un roman plein de générosité, d'empathie et de chaleur sur le choc des cultures, les désenchantements de l'exil et les mirages de l'intégration. Un pur joyau, par une des nouvelles voix afropolitaines les plus excitantes du moment.
L'Amérique, Jende Jonga en a rêvé. Pour lui, pour son épouse Neni et pour leur fils Liomi. Quitter le Cameroun, changer de vie, devenir quelqu'un. Obtenir la Green Card, devenir de vrais Américains.
Ce rêve, Jende le touche du doigt en décrochant un job inespéré : chauffeur pour Clark Edwards, riche banquier à la Lehman Brothers.
Au fil des trajets, entre le clandestin de Harlem et le big boss qui partage son temps entre l'Upper East Side et les Hamptons va se nouer une complicité faite de pudeur et de non-dits.
Mais nous sommes en 2007, la crise des subprimes vient d'éclater. Jende l'ignore encore : en Amérique, il n'y a guère de place pour les rêveurs…

Mon avis
Un livre au sujet dramatique mais écrit avec de la douceur, de la bienveillance et tellement d'amour. J'ai adoré cette histoire, cette plongée au coeur de l'intimité d'une famille camerounaise exilée à New York en quête d'une vie meilleure. On y découvre le choc des 
cultures, la différence sur la famille et ses valeurs entre une famille américaine et une famille africaine où le mot "famille" veut dire bien plus. Le rêve américain imaginé, touché du bout des doigts puis finalement inatteignable. La quête de ce fameux sésame "la green card"… Mais ce qui m'a plu c'est surtout cette bienveillance à toute épreuve, cette générosité de Jengé et Neni à l'égard de tous, même quand ils sont les plus démunis. Cette rage aussi de réussir quand tout le monde vous dit que vous allez échouer : Neni est exemplaire. Bref un très beau livre. Un vrai coup de coeur parmi tous les livres que j'ai lus depuis début septembre.

 

 

Beaux rivages Nina Bouraoui

Nina BouraouiLe résumé
"C’est une histoire simple, universelle. Après huit ans d’amour, Adrian quitte A. pour une autre femme : Beaux rivages est la radiographie de cette séparation.
Quels que soient notre âge, notre sexe, notre origine sociale, nous sommes tous égaux devant un grand chagrin d’amour.
Les larmes rassemblent davantage que les baisers.

J’ai écrit Beaux rivages pour tous les quittés du monde. Pour ceux qui ont perdu la foi en perdant leur bonheur. Pour ceux qui pensent qu’ils ne sauront plus vivre sans l’autre et qu’ils ne sauront plus aimer. Pour comprendre pourquoi une rupture nous laisse si désarmés. Et pour rappeler que l’amour triomphera toujours. En cela, c’est un roman de résistance".

Mon avis
Nina Bouraoui a une vraie plume, c'est évident. Quel beau livre malgré la tristesse du sujet dont elle parle au fil des pages. Mais elle écrit avec douceur, presque avec bienveillance, j'ai envie de dire. J'ai lu dans un magazine que son roman est inspiré de la vie d'une amie proche. En fait, ce sujet peut concerner tout le monde. Le chagrin d'amour infligé par celui dont on croyait que ce serait pour toujours. Chacun le vivra à sa manière évidemment. Mais ici on ne bascule pas vraiment dans la rancoeur. Je trouve que ce qui transparaît au fil des pages c'est juste l'Amour avec un grand A. Elle décrit très bien cette vie qui se referme, le manque de vie finalement que s'autorise son personnage principal. Elle s'est fermée et enfermée dans son chagrin. Puis petit à petit, quand elle le décide, elle va de nouveau s'autoriser à vivre. Et du même coup fermer le livre de cette vie amoureuse passée avec Adrian. J'ai vraiment adoré ce livre et je l'ai d'ailleurs lu très vite. Je dirais que ce livre est un vrai coup de coeur !

Chanson douce de Leïla Slimani

Le résumé
Lorsque Myriam, mère de deux jeunes enfants, décide malgré les réticences de son mari de reprendre son activité au sein d'un cabinet d'avocats, le couple se met à la recherche d'une nounou. Après un casting sévère, ils engagent Louise, qui conquiert très vite l'affection des enfants et occupe progressivement une place centrale dans le foyer. Peu à peu le piège de la dépendance mutuelle va se refermer, jusqu'au drame. 
À travers la description précise du jeune couple et celle du personnage fascinant et mystérieux de la nounou, c'est notre époque qui se révèle, avec sa conception de l'amour et de l'éducation, des rapports de domination et d'argent, des préjugés de classe ou de culture. Le style sec et tranchant de Leïla Slimani, où percent des éclats de poésie ténébreuse, instaure dès les premières pages un suspense envoûtant.

Mon avis
L'horreur est décrite dès les premières lignes de ce roman… "Un bébé est mort. Il a suffi de quelques secondes. Le médecin a assuré qu'il n'avait pas souffert. On l'a couché dans une housse grise et on a fait glisser la fermeture éclair sur le corps désarticulé qui flottait au milieu des jouets. La petite, elle, état encore vivante quand les secours sont arrivés".

Ces toutes premières lignes écrites avec des phrases courtes, incisives, hyper réalistes m'ont happée en un rien de temps. Et je n'ai plus lâché ce roman. 

Meurtre d'enfants par Louise, la nounou. 200 pages tissent cette histoire. La vie intime de cette famille, le relais passé à une nounou d'exception… La confiance accordée à cette personne à qui les parents confient leurs deux enfants, Mila et Adam. Les doutes parfois de Paul ou de Myriam tour à tour. Mais à chaque fois, l'un fait taire les doutes de l'autre, le rassure. Et Louise s'immisce un peu plus dans leur quotidien et même dans leur intimité. 

Cette nounou qui s'approprie de plus en plus d'espace dans leur vie familiale. Qui défend bec et ongles les enfants. Qui en fin de compte ne supporte pas que sa manière d'être ou de faire soit contredite ou critiquée. Mais elle s'est rendue si indispensable, qu'il n'existe plus de distance. 

Les doutes persistent jusqu'à l'horreur. Qu'est-ce qui a fait basculer cette nounou vers un acte aussi irrémédiable, elle qui semblait tant aimer Mila et Adam ? Elle est bizarre, mystérieuse. Je dirais même qu'elle fait peur tant elle est omniprésente. 

Une araignée maléfique qui a lentement, très lentement, tissé sa toile…

Un livre bien écrit mais qui fait froid dans le dos.

Si la Lune éclaire nos pas de Nadia Hashimi

 
Si la Lune éclaire nos pasLe résumé
Je voulais que mes enfants aient une vie d’enfants. Je voulais qu’ils rient, qu’ils jouent… qu’ils apprennent. Je voulais qu’ils fassent les choses que j’aurais dû faire quand j’étais petite. Jusqu’où devons-nous fuir ?

Kaboul est entre les mains des talibans. Depuis que son mari, considéré comme un ennemi du régime, a été assassiné, Fereiba est livrée à elle-même. Si cette enseignante ne veut pas connaître le même sort que son mari, elle n’a d’autre choix que de fuir. Après avoir vendu le peu qu’elle possède, elle entreprend un voyage périlleux avec ses trois enfants, dans l’espoir de trouver refuge chez sa sœur, à Londres. Comme des milliers d’autres, elle traverse l’Iran, la Turquie, la Grèce, l’Italie et la France. Sans autres ressources que son courage et sa détermination sans faille, elle espère pouvoir compter sur le soutien de ceux qu’elle rencontrera en chemin. Hélas, les routes de l’exil sont semées d’embûches : que devra-t-elle sacrifier pour de meilleurs lendemains ?
 

Mon avis
J'avais déjà beaucoup aimé le précédent roman de Nadia Hashimi, intitulé "La perle et la coquille". Il me tardait de pouvoir lire celui-ci et je n'ai pas été déçue. J'ai donc guetté avec impatience sa sortie le 21 octobre dernier.

500 pages d'exode de l'Afghanistan vers l'Angleterre. Une mère et ses enfants traversant des pays étrangers, terres hostiles aux réfugiés pour eux qui ont fui un pays en guerre où l'insécurité régnait. Ils ont fui le régime des Talibans. A travers cette histoire, point d'insouciance pour les enfants qui grandissent dans les difficultés, la faim… mais avec toujours l'amour de leur mère. Le lien familial est prégnant et magnifique.
500 pages que l'on tourne toujours plus vite et avec l'envie simplement que le livre ne se termine jamais. J'ai juste été peu un peu déçue par le passage au travers de la "jungle" de Calais et ses camps de réfugiés, peut-être parce que le reste du livre fait voyager au milieu de contrées et de cultures ailleurs et que là, à Calais, j'ai eu l'impression de revenir plus dans l'actualité. 

Alors ce chemin d'exilés vers une vie meilleure est difficile oui, mais le récit de Nadia Hashimi est toujours empreint de pudeur et de beaucoup de réalisme malgré tout. L'écriture est simple, fluide, et l'émotion est là, toute proche à chaque page.
Un vrai coup de coeur pour moi ! Lisez-le sans hésiter.